Comme son nom l’indique, le sensationnalisme, c’est faire dans le sensationnel, c’est user de techniques tape-à-l’œil et ostentatoires afin d’attirer l’attention du plus large public possible. Parfois, une mise en scène est même effectuée dans le but d’accentuer le caractère peu commun voire choquant de la chose qu’on montre.

Pourquoi son utilisation est néfaste ?

Ce genre de techniques est souvent utilisé par la presse friande de scandales, tels que les magazines people, mais également par certains médias audiovisuels couvrant des sujets moins légers tels que des guerre par exemple. Vu sous cet angle, cette technique paraît vraiment sournoise et exploitée à des fins plutôt méprisables. Cependant, les médias de masse ne sont pas seuls à user de ce procédé : bien des organisations, associations ou personnes servant une cause sociale l’utilisent également sans se rendre compte de l’impact nocif et contre-productif qu’il peut engendrer.

La stratégie du sensationnalisme peut effectivement influencer certaines personnes. Toutefois elle peut aussi s’avérer triviale, redondante et contre-productive. Sachant que le sensationnalisme n’est plus occasionnel et qu’il est devenu quotidien, son efficience se dissipe. Le procédé se banalise aux yeux du public. Tomber par hasard sur une image ou une vidéo choquante est aujourd’hui quelque chose que l’on a toutes et tous vécu. L’image en question peut concerner des enfants malades ou blessés, des animaux malmenés ou agonisants, ou encore des corps gisants dans un bain de sang. De nos jours, apercevoir cela est “ordinaire”, en découle alors une lente diminution de notre sensibilité à ce genre de drames.

Pourtant, lorsque certains groupes partagent ce genre d’images, le but premier reste de transmettre un message, une information en espérant que choquer frappera la conscience et touchera justement la sensibilité des autres en les incitant à s’insurger et se rallier à la cause.

Mais cette action a des effets contraires. En rendant l’image de la violence courante et prosaïque on déclenche aussi la déshumanisation. En d’autres termes, cela nous pousse inconsciemment à ne plus percevoir l’humanité  que l’on devrait instantanément détecter en voyant ces images. Cela constitue un réel problème. Ne plus ressentir d’empathie envers les corps qui nous ressemblent le plus c’est atteindre le point de non-retour, ou presque.

Aussi, le sensationnalisme peut être particulièrement néfaste sur la santé mentale de certaines personnes. On sait qu’une partie de la population est hypersensible, et qu’un autre partie a vécu des événements assez traumatisants au cours de sa vie. Il suffit pour ces personnes de voir une image choquante pour vivre ou revivre une expérience mentale bouleversante. C’est pourquoi il est extrêmement important de notifier au préalable qu’une image peut heurter la sensibilité et même la brouiller et laisser le choix de cliquer pour voir ou non ladite image.

Le misérabilisme et ses effets tout aussi néfastes

On reconnaît le misérabilisme à son amplification et à sa mise en scène d’un fait réel, autant qu’à sa restriction à un caractère perçu comme désolant. La dangerosité du misérabilisme réside dans le fait de créer un rapport de domination. Lorsqu’on est à l’origine de cette attitude, c’est qu’on se perçoit, consciemment ou non, comme ayant une position sociale supérieure à celle de la personne ou de la catégorie de personnes que l’on plaint. C’est ainsi que l’on génère une certaine infantilisation et qu’on attribue davantage une infériorité et une dépendance à celles et ceux qu’on souhaite peut-être simplement aider et comprendre.

Pour illustrer cela, j’ai un exemple particulièrement parlant et concret : les associations d’aides aux personnes sans-abris.

Nombreuses sont celles qui, afin de promouvoir leurs causes, vont partager avec le grand public des clichés de bénévoles donnant des vêtements ou de la nourriture à une personne dormant dans la rue, accompagnés de phrases ou de textes qui vous mettront la larme à l’œil et vous donneront, à vous aussi, envie d’aider ces pauvres gens.

De mon point de vue, nombreuses de ces démarches sont indécente voir oppressive. Elle ôte aux personnes sans-abris leur liberté et leurs possibilités d’expression. J’aimerais insister sur le fait que ladite démarche est souvent involontaire de la part des associations et de leurs bénévoles mais cela n’empêche malheureusement aucunement aux effets de se créer, des effets de domination et de confiscation de paroles. Il faut donc revoir les agissements associatifs et étudier de meilleures manières d’aider. Par exemple, en créant un média permettant aux personnes sans abris de s’exprimer directement, par le biais de leurs propres paroles, plus que par celles qu’on leur attribue.

Il est plutôt paradoxal que j’écrive moi-même au nom des concerné.es alors que je n’en suis pas une, mais je déplore cette attitude que j’adoptais personnellement dans le passé. C’est en aiguisant son esprit critique, son indignation envers les dominations sociales que l’on prévient la reproduction des mécanismes oppressifs car, comme on le dit souvent mais ne l’applique pas assez, mieux vaut prévenir que guérir.

Célia AMRANE

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