La rappeuse Sianna

 

Booba, Maître Gims, Orelsan, Damso et bien d’autres encore. Ce sont les patrons des ventes en France. Ils ont fait du rap une musique populaire qui n’est plus mise de côté et stigmatisée à longueur de journée. Mais dans toute cette effervescence et cette réussite, les femmes manquent cruellement à l’appel.

Quand on parle de rap féminin en 2018, les premiers noms à sortir sont à 99% des artistes américaines. Une voix qui porte plus, des stratégies commerciales qui marquent les esprits, des partenariats avec de grandes marques. Voilà tous les « avantages » qu’ont les rappeuses américaines dans le monde. Qu’en est-il de nos rappeuses françaises ? Sont-elles encore présentes ? Pourquoi leurs voix sont-elles à peine audibles ? Retour sur le parcours des femmes dans le rap français.

Les pionnières du genre

Compilation RapAttitude (1990)

Tout débute à la fin des années 80 et au début des années 90. À cette époque, le rap, cette nouvelle musique venue d’Outre-Atlantique commence à se faire une place auprès des jeunes français avides de nouveauté. Les premiers groupes légendaires tels que NTM, IAM ou encore Assassins se forment. En 1990, la première compilation de rap français sort en France : RapAttitude. Une seule femme y est présente.

Débuts des années 90, en même temps que cette nouvelle musique, de nouvelles figures du rap féminin font leur apparition en France. Avec des succès de courte durée dus à des carrières qui n’ont malheureusement jamais décollé, quelques femmes rythment cette nouveauté.

Il y a tout d’abord Saliha, qui est l’unique femme qui pose sur la compilation RapAttitude. Avec le titre Enfants du Ghetto, Saliha met en lumière les enfants des ghettos du monde entier. Des enfants qui n’ont pas les même droits et qui vivent dans la précarité. Sujet qui, vingt huit ans plus tard, est toujours d’actualité.

À la même époque, d’autres noms féminins se font entendre tels que B.Love, Sté Strausz, Casey ou encore Melaaz. A cette époque, on ne parle pas de rap féminin, c’est du rap tout court qui est aussi bien entendu et compris par les hommes que les femmes. Chacune dans leur style, ces rappeuses posent sur des instrus travaillées avec ce petit plus old school, des lyrics parlant de la vraie vie, des problèmes qu’elles rencontrent au quotidien ou encore qui mettent le doigt là où la société a échoué en dressant des compte-rendus sur fond musical. À cette même époque (fin des années 90), la rappeuse Diam’s sort son premier album Premier Mandat, qui, comme pour beaucoup de rappeuses, passe très vite aux oubliettes, à cause du peu de visibilité et des ventes bien basses.

Et Diam’s brilla

Nous sommes fin des années 90 et début des années 2000, à cette époque, un peu plus de lumière est apportée au rap féminin et fait briller, entre autre, Lady Laistee avec son titre Et si…?, qui rend hommage a son frère décédé. Le succès est au rendez-vous, elle fait un pas en avant et se fait connaître du grand public, chose encore rare à l’époque. Grâce à cette chanson, tirée de l’album Black Mama, elle entre dans le Top Single français et y reste 21 semaines. Son second album, quant à lui, reprend le chemin de beaucoup de rappeuse française jusque là en retombant vite dans l’oubli.

Comment parler de rappeuse française sans se pencher sur la grande Diam’s. Après un premier album vendu à à peine 7000 exemplaires en France, Mélanie Georgiades, de son vrai nom, subit le même sort que la plupart des rappeuses de son temps : passer à la trappe.

Elle ne se laisse cependant pas abattre et sort en 2004 son second album Brute de Femme qui connaitra un succès immense et cela grâce au titre fard DJ qui a fait danser les campings durant l’été 2004. Grâce à cette percée, le rap français et surtout féminin rentre dans les foyers français pour ne plus en sortir. Avec ses textes parlant de la vie quotidienne, des tracas, des drames ou mettant en lumière la société française et mondiale avec une plume aiguisée et des rimes recherchées, Diam’s devient, à cette époque et encore aujourd’hui, une référence en matière de technique, flow, show et thème. Elle remportera même la Victoire de la Musique pour le meilleur album rap de l’année en 2004.

Mais elle ne s’arrête pas là et sort en 2007 l’album qui va la propulser le plus haut possible et qui la poussera même à attraper le vertige : Dans ma Bulle, 100 000 albums vendus en une semaine, devenu disque de diamants et des centaines de concerts. Les filles se reconnaissent dans les dires de Diam’s. C’est une femme qui parle aux femmes et aux jeunes filles, loin de toute la superficialité qui leur ait imposée. Grâce à cet album, Diam’s devient la première rappeuse à avoir fait les plus grosses ventes de l’année 2007, derrière Johnny Hallyday.

Après un troisième album, SOS, sorti en 2009, Diam’s prend la décision de se retirer définitivement de la scène.

Je veux tout briser, ça fait trop longtemps que j’attends la gloire, je veux qu’on m’aime à défaut qu’on me taille. Diam’s, Mon Répertoire

Le début d’une nouvelle ère

Portées par ce succès fulgurant et par la pérennité assurée, les maisons de disque prennent la peine de mettre un peu plus en lumière de nouvelles rappeuses munies de talent et de leur propre univers. Le rap ne s’arrête plus à lâcher des paroles mettant en lumière des problèmes réels vécus par de nombreuses personnes. Le rap veut faire danser, veut faire rire et veut faire rêver. De plus, devenue sans aucun doute une musique populaire, le rap est ouvert à tous milieux comme nous l’explique @Seyna.bouu* « Aujourd’hui, tout le monde peut faire du rap, les thèmes abordés dans les musiques ont changé. Aussi, aujourd’hui, le public rap ne se limite plus aux gens de banlieue. Donc forcement, plus ta cible est large, plus tu “popularises” tes chansons. Aussi par la couverture médiatique : avant le rap ne passait pas en boite ni dans les émissions mondaines, maintenant tu as du rap en boîte, sur les plateaux télé, à des défilés de mode. Il y a une exposition du rap qui n’est plus la même qu’avant. »

Tout comme leurs compères masculins, les rappeuses françaises ont vite compris qu’un seul schéma n’était plus celui à suivre. À chacune, elles ont mis leurs empreintes différentes et uniques. Que ce soit la rappeuse Chilla qui se porte vers des thèmes très féminins avec des messages forts et actuels ou encore dans un tout autre registre, Marwa Loud s’impose avec ses textes et instrus dansantes qui entrent vite dans la tête pour ne plus en sortir.

D’autres artistes vont jouer de leurs atouts. En effet, des rappeuses telles que Shay ou encore Liza Money vont mettre en avant leurs féminité d’une manière exacerbée, quitte à tomber dans la vulgarité pour certain(e)s. «Nous sommes dans une société de paraitre, surtout pour les femmes, donc si les gens aiment ce qu’ils voient, forcément ils sont plus enclin à adhérer !» nous confirme @Seyna.bouu.

Rappeurs et rappeuses sur un pied d’égalité ?

En 2018, en France, nous sommes encore loin de l’égalité dans le rap. En effet, une rappeuse aura toujours moins de lumière sur elle et moins de légitimé aux yeux de beaucoup de personnes et cela que ce soit dans l’industrie de la musique ou aux yeux des consommateurs. Jugée sur son physique, comparée à d’autres, jugée à ses textes ou à ses sujets choisis, une femme dans le rap n’est pas laissée au hasard et peut être très facilement dénigrée. «Dans cette industrie, on est très porté sur le physique, surtout quand t’es une femme ! Les gens vont te juger sur ton apparence. Si tu ressembles à un garçon manqué ça ne passera pas et si tu ressembles à une bitch ça ne passera pas non plus. De plus, les gens en France ne sont pas encore prêts à voir des nanas rapper. C’est exactement comme au foot, le foot féminin n’aura jamais autant de visibilité que le foot masculin. En tout cas, je pense qu’une fille qui veut percer dans le rap devra faire 30 fois plus attention à son image qu’un rappeur. Aussi, elle devra vraiment avoir un style à elle, c’est-à-dire, apporter un truc nouveau pour que les gens adhèrent.»

Le chemin est donc encore long et plein d’embuches en France pour les femmes. La question à se poser est aussi de savoir pourquoi des femmes comme Nicki Minaj ou Cardi B aux États-Unis sont écoutées, acclamées et leurs paroles, vulgaires, connues de tous sans choquer personne, tandis que dans l’Hexagone un tel comportement est pointé du doigt et jugé.

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Ahlam B.

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