C’est très probablement la série la plus réussie de 2017 : La Servante Écarlate (The Handmaid’s Tale en anglais) a repris jeudi dernier sur nos écrans français. Si vous ne l’avez pas encore vue, on vous donne les innombrables raisons de faire dès maintenant un marathon de la première saison, histoire d’être au point et de suivre la nouvelle saison ! Préparez-vous à être révolté(e)s, cette série risque de vous glacer le sang tout en vous rappelant que le combat pour les droits des femmes n’est jamais gagné d’avance.

Illustration de : Eleni Kalorkoti

L’univers singulier d’un roman canadien…

La Servante Écarlate est l’adaptation du roman de Margaret Atwood, une auteure féministe, publié en 1985. L’histoire se déroule aux États-Unis, dans un futur proche. La Terre est devenue extrêmement polluée, à tel point que cela a entraîné une baisse de la fécondité. Un jour, une organisation religieuse fondamentaliste protestante prend le contrôle des principaux organes gouvernementaux américains et instaure “La République de Gilead”.

À la tête de Gilead : des hommes et uniquement des hommes. Le patriarcat est ici poussé à son paroxysme. Les hommes et les femmes sont minutieusement hiérarchisés, sans aucune possibilité de s’affranchir. Les femmes, elles, sont divisées en plusieurs catégories :

  • Les Épouses : ce sont les femmes des hauts-placés de la République de Gilead, appelés les Commandants. Ce sont les seules à être autorisées à se marier. Elles sont stériles mais ce sont celles qui ont le plus de droits : elles peuvent se promener librement, fumer, lire et s’adonner à d’autres loisirs. Elles sont vêtues de robes bleues.

  • Les Servantes : ce sont les seules femmes fécondes. Elles sont placées dans des familles pour donner un enfant à une Épouse et à un Commandant. Une fois par mois, une Cérémonie a lieu dans la maison et la Servante est obligée d’avoir un rapport sexuel avec le Commandant. L’Épouse du Commandant tient la Servante par les poignets et la tête de cette dernière se trouve entre les cuisses de l’Épouse. Une fois que la Servante tombe enceinte et accouche, le bébé est donné à la famille puis elle se voit réaffectée dans une nouvelle famille afin de donner un nouvel enfant. Elles portent des robes amples rouges avec une coiffe blanche qui recouvre leurs cheveux et des ailes de chaque côté afin que leur visage soit dissimulé et à l’abris des regards.

  • Les Marthas : elles sont infertiles mais servent comme domestiques dans les maisons des Épouses et des Commandants. Elles n’ont aucun droit et portent en permanence des blouses vertes.

  • Les Tantes : elles sont les ‘”tutrices” des Servantes. Elles sont une sorte de milice des Servantes, leur apprennent le bon comportement à avoir, les encadrent pendant la grossesse, etc. Ce sont généralement des femmes plus âgées qui ne sont pas mariées et sont stériles. Elles sont habillées en marron.

  • Les Écofemmes : elles ont le droit de se marier mais à des hommes moins haut-placés et d’avoir des enfants. Leurs vêtements sont rayés de rouge, bleu, vert et marron afin de montrer qu’elles endossent plusieurs rôles en même temps.

  • Les Non-Femmes : elles sont infertiles, homosexuelles, nonnes, opposantes politiques ou encore féministes et ne rentrent donc dans aucune catégorie créée par Gilead. Elles sont envoyées dans les Colonies ou tuées.

Le ton est donc ainsi donné : nous sommes directement immergé(e)s dans un univers glauque où les femmes ne sont plus que des poules pondeuses et où les droits de toutes ont été balayés en un coup de vent. Nous sommes dans la peau de June, une Servante, qui se demande désespérément si elle reverra un jour sa petite fille Hannah et son mari Luke.

Une histoire qui tombe à pic !

2017 a été une grande année riche en émotions. Trump a été élu de l’autre côté de l’Atlantique, les mouvements féministes comme Me Too, Balance Ton Porc ou Time’s Up ont éclaté aux quatre coins du monde. Atwood, qui a pourtant publié son roman en 1985, voit son histoire remise au goût du jour avec l’adaptation de Bruce Miller.

Le roman ne peut ici être qu’un complément ! Il ne vous spoilera pas le reste de la série puisque cette dernière a dépassé la fiction. Entre nous, il est plutôt intéressant de suivre la première saison en même temps que le livre, cela permet d’avoir différentes lectures et aide à mieux comprendre certaines subtilités du roman.

C’est une série pour laquelle on se passionne vite tant elle est glaçante et réaliste. On se dit rapidement: “Ça pourrait réellement se passer comme ça”. Elle révolte, elle dérange et pourtant, parfois, elle fait rire parce que tout semble venir d’une époque lointaine alors qu’il s’agit bel et bien d’une époque proche de la notre. Bruce Miller disperse de manière ingénieuse des éléments bien connus de notre époque : des voitures électriques, des SUV, des magazines féminins, un jeu de Scrabble ou encore une bande son moderne.

Petit plus : si vous avez suivi la série Orange Is The New Black, alors vous serez ravi(e)s de retrouver Samira Wiley (aka Poussey). La série a aussi été largement récompensée aux Golden Globes et aux Emmy Awards l’an dernier, ce qui ne peut que vous convaincre de la commencer dès aujourd’hui !

Une série qui inspire 

Photo de Aaron P. Bernstein (Reuters)

Les producteurs avouent ne pas avoir voulu faire autant écho à l’actualité et pourtant, La Servante Ecarlate a été une réelle source d’inspiration pour les féministes aux États-Unis. En juin, des femmes ont protesté à Washington contre les coupes budgétaires des plannings familiaux. Dans plusieurs états américains, des femmes ont manifesté de la sorte afin de défendre leurs droits.

Twitter de Emma Waston “Je cache des copies de La Servante Ecarlate” dans Paris

Emma Waston a aussi voulu sensibiliser les français lors de sa venue à Paris. Elle a caché quelques centaines d’exemplaires dans la capitale.

La série et le roman ne manquent pas d’inspirer les luttes féministes du monde entier et résonnent encore plus fort aujourd’hui. Le talent de Margaret Atwood a été de créer un roman intemporel. L’adaptation de Bruce Miller saura quant à elle parler à tou(te)s. Cela nous rappelle surtout qu’on ne doit jamais prendre à la légère les nombreux et divers combats que les femmes ont menés et mènent encore aujourd’hui, partout dans le monde, pour faire valoir leurs droits. N’oublions jamais que La Servante Écarlate a puisé son inspiration dans des faits réels et que la frontière entre la fiction et la réalité est éminemment mince. On ne veut évidemment pas vous spoiler si vous n’avez pas encore vu la série mais on vous conseille vivement de vous y mettre dès que possible ! Vous allez rire, pleurer, vous mettre en colère mais croyez-moi, vous allez tomber sous le charme de cette série incroyablement réaliste et bien réalisée.


Manon Prud’homme

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