Pornographie pour ou contre dans sa sexualité
Sexualisation de l’infirmière dans
la pornographie

A l’ère où le sexe devient un produit 2.0, consommable sur place, à emporter voire dématérialisé, il est plus que jamais présent dans notre quotidien. La presse papier ayant été supplantée par le boom de l’Internet dès le début des années 2000, la pornographie mainstream est aujourd’hui au cœur de notre éducation sexuelle. En effet, aujourd’hui, 80% des jeunes indiquent avoir consulté du porno avant l’âge de 14 ans. Et, malgré cette libéralisation virtuelle du sexe, ce n’en reste pas moins tabou que de parler de pornographie. Mais, qu’on soit pour ou contre le porno, y-a-t-il du mal à se faire du bien ?

Sexe vs Porno, mais que signifient ces mots ?

Tout d’abord, quelques définitions. Étymologiquement, le mot sexe apparaît pour la première fois en France au XII ème siècle dans le Dialogue de saint Grégoire (d’après le CNRL). Et bien que sa définition ait changé dans la forme, elle n’a que très peu évolué dans le fond. Majoritairement, la notion de sexe se définit soit d’un point de vue reproductif – d’où s’ensuivent des tirades concernant les cellules, les organes, les hormones ; soit d’un point de vue du genre – où l’on nous explique pourquoi les filles sont des filles, et les garçons, des garçons. Or, s’il est bien connu que nous, les humains, sommes la seule espèce connue à ce jour comme pratiquant le coït à des fins non-reproductives, où sont les notions de plaisir et de charnel dans la définition du sexe lui-même ?

Paul B Preciado, philosophe théoricien du genre et du sexe explique ce facteur comme étant résiduel d’un « pharmaco-pouvoir ». Ce qu’on définit comme l’admission et la soumission (socialement admise) à un certain nombre de normes dictées par la science, la médecine et ce qui en découle. Par exemple, les contraceptifs sont des produits issus de la science et destinés à contrôler les naissances. Le viagra – contrairement aux idées reçues- n’est pas un stimulateur de libido mais permet de faciliter et de favoriser l’érection. Les différentes techniques de procréation médicalement assistées, comme leur nom l’indique sont facteurs de procréation. En d’autres termes, scientifiquement parlant, le sexe n’existe que par sa fonction de reproduction. Dans les sociétés occidentales modernes, la science supplante majoritairement tous les autres types de croyance universelle, lui conférant une légitimité certaine. Sociologiquement, dans ces société, ce qui est bien considéré par la science est ce qui fait généralement la norme, et inversement.

En ce qui concerne le sexe pour le plaisir, c’est un peu comme une tare qu’on se transmettrait de génération en génération et dont certains ont fait leur business. Par exemple, la publicité, la presse papier, les JT non-érotiques se sont appropriés le « sexy », la version pseudo soft du sexe, ou le « y » désigne un état, une condition. Le sexy c’est finalement juste assez pour être suggérer mais pas assez pour être censuré.

Le porno ou la pornographie, apparaît en tant que tel au XVIII ème siècle dans le Traité sur la prostitution de Boiste. Composé du préfixe pornos (m), ou pornē (f) qui signifie “prostitué” en grec ancien, et de graphein qui désigne l’idée d’une représentation par l’image. Trois siècles plus tard, la pornographie se caractérise par un ensemble « de choses obscènes, sans préoccupation artistique et avec l’intention délibérée de provoquer l’excitation sexuelle du public auquel elles sont destinées. » (CNRL). En somme, la pornographie, c’est l’autre sexe, celui qui n’a pas de fonction si ce n’est prendre du plaisir. Mais pourquoi serait-ce un plaisir obscène, malsain ou décadent ?

Pourquoi certaines féministes détestent le porno ?

Plusieurs théories peuvent l’expliquer, mais deux ont retenu mon attention : celle du féminisme anti-porn contre le féminisme pro-porn. Dès la fin des années 70, les mouvements féministes ont déjà une ampleur fulgurante et nouvelle. Aux États-Unis naissent alors de plus en plus de niches dans les universités où les minorités sexuelles – sexués et femmes – se rassemblent pour débattre, entres autre, des enjeux liés au sexe et à la pornographie. Lutter contre la pornographie, c’est tout d’abord un enjeu politique, un terrain d’entente avec le gouvernement et la science conservatrice. En opposition radicale avec toute idée de féminisme, le conservatisme tend à vouloir interdire la pornographie, siège des mauvaises mœurs par excellence.

Ensuite, c’est une question de représentation. En effet, ce qui dérange les mouvements féministes, ce n’est pas la représentation empirique des femmes dans le porno, mais leurs rôles. De leur point de vue, il s’agit d’une forme de représentation qui, d’une part, reflète les codes d’une société patriarcale anti-femme, et qui, d’autres part, légitime et éduque aux violences faites aux femmes. A l’heure où on apprend ce qu’est le sexe sur internet, ce qui compose la pornographie viole les règles de toutes formes de bienséance vis-à-vis de tous ce qui n’est pas un homme. On apprend aux jeunes hommes à mettre en pratique des comportements dangereux et dégradant qui justifient le harcèlement morale, sexuel et la servitude comme étant des dus. “Les hommes sont autorisé à mettre des mots (et bien d’autres choses) dans la bouche des femmes, créent des scènes dans lesquelles les femmes veulent désespérément être ligotées, battues, torturées, humiliées et tuées. ”, nous dit Catharine MacKinnon, philosophe féministe et pionnière du mouvement anti-porn dans Féminisme non modifié : Discours sur la vie et la loi.

Mais, si l’opinion publique est majoritairement en faveur des théoriciennes anti-porn, le féminisme pro-porn ou pro-sexe suscite tout de même l’intérêt de par la pertinence et le fondement de ses questionnements. Ce mouvement se construit au cœur des communautés féministes et queer qui dépeignent le sexe et la pornographie comme un champ des possibles dont la vision est biaisée, du a une sous-représentation des minorités et des points de vue dans le processus créatif du porno. Pour les pro-porn, l’interdiction de la pornographie est sujette à un certain nombre de frustration et, encore une fois, à la culpabilisation du désir et de la sexualité non-masculine. D’après Virginie Despentes, écrivaine et réalisatrice française: « L’idée que la pornographie ne s’articule qu’autour du phallus est étonnante. » Et c’est l’enjeu clé du féminisme pro-sexe. Pourquoi vouloir annihiler une représentation du sexe vieille comme le monde quand on peut s’en servir pour éduquer sexuellement et sociologiquement à l’acceptation de différents désirs ?

La pornographie, l’essayer, c’est l’adopter ?

S’approprier la pornographie, c’est s’approprier son corps, ses désirs, ses capacités ses limites. Une connaissance intime de soi permettrait donc de s’émanciper du rôle de victime pour celui de maître, de maîtresse. Ce qui n’est pas sain dans le porno d’aujourd’hui, c’est qu’il y a toujours un agresseur et une victime, du moins, dans la description qu’on en fait. Or, l’agresseur est jugé non coupable dès lors que la victime est attirante à ses yeux, car ce qui est aguichant est coupable de son être et de son état. C’est ce que l’on appelle « des conneries » !

Toutefois, n’oublions pas que dans la pornographie féministe, une femme dont le plaisir se tient dans la soumission est une femme qui jouit d’être soumise, et contrôle son désir. Elle est dépeinte comme sexuellement excitée par la soumission et pas comme une femme abusée qui subit sa jouissance pendant une agression sexuelle. Erika Lust, réalisatrice et productrice de films pornographiques indépendants, confie dans Hot girls Wanted : Turned on série documentaire sur l’industrie pornographique diffusée sur Netflix – que le sexe dans la projection pornographique peut garder toutes ses perversion, mais que les valeurs qu’il véhicule doivent être morales.

Que l’on soit pour ou contre l’avènement de la pornographie, les inégalités de sexe et de genre nous suivent jusque dans notre intimité. Aujourd’hui, de nombreuses études ont établi une corrélation entre les façons dont on perçoit le sexe et notre rapport aux autres. Ainsi, une meilleure connaissance de ses désirs sexuels permettrait de pacifier les rapports humains. Et cela commence déjà dans notre langage : l’amour, le sexe, la baise, le cul sont autant de termes que l’on utilise usuellement pour parler de nos aventures, mais sait-on vraiment ce qu’ils désignent et ce qu’ils disent de nos comportements sexuels? Alors, si on libérait la parole autour du sexe, pourrait-on utiliser la pornographie comme objecteur de conscience ?

Anna Diallo

Sources :
Testo Junkie – Paul B. Preciado | CNRTL.fr | Hot girls wanted: Turned On – Jil Bauer, Rashida Jones, Ronna Gradus | Erikalust.com | TedxVienna: It’s time for porn to change – Erika Lust |Ted.com: How to have a healthier, positive relationship to sex – Tif any Kagure Mugo, | iphumeze | Khundayi | Féminisme non modifié : Discours sur la vie et la loi – Catharine MacKinnon | Porno sorcière – Virginie Despentes

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