Chaque année, plusieurs études essayent de répondre à cette question : dans le cinéma actuel, quelle place est réellement accordée aux femmes ? Aussi bien devant que derrière la caméra. Aux États-Unis comme en France. Alors qu’en est-il vraiment ? 

Le cinéma un monde d’homme ?

Le nom d’Alice Guy ne vous dira peut-être rien mais cette femme a débuté sa carrière en 1896 ce qui fait d’elle la première femme réalisatrice et (plus tard) productrice au monde. Elle est française, talentueuse et indépendante. Elle joue un rôle actif dans la diversification des fictions. Elle innove, notamment par sa technique, en tournant des scènes d’extérieur et en bâtissant une histoire autour d’un personnage principal qu’elle filme en gros plan comme dans son court-métrage Madame a des envies (1906).

L’esprit courageux de cette femme fut malheureusement presque balayé à l’arrivée d’Hollywood. Un milieu principalement constitué d’hommes qui ne se préoccupent pas forcément des femmes en elles-mêmes mais plutôt au désir qu’elles suscitent à travers un point de vue purement masculin. Elles deviennent dans les films, de simples objets de fantasme. Pour faire du profit, les producteurs utilisent les actrices pour leur physique, et leurs demandent même parfois de changer leur image, quitte à leurs faire arracher des dents afin de « mieux attraper la lumière ».

Les récompenses cinématographiques ne donnent pas l’exemple

De retour en 2018, le festival de Cannes approche à grands pas. Le plus grand rendez-vous du cinéma au monde fait l’objet de beaucoup de polémiques récurrentes concernant la place qu’il accorde aux femmes. Sur les 268 cinéastes ayant vu leur film récompensé par l’une des plus hautes distinctions du festival (ces dernières années par la Palme d’or, le Grand Prix et le Prix du jury), 11 étaient des femmes, soit 4 % du total selon un décompte de l’AFP.

Si les femmes sont aussi peu représentées au palmarès, c’est déjà parce qu’elles sont peu nombreuses dans la sélection officielle. Parmi les plus de 1 780 cinéastes qui ont vu leur film sélectionné depuis 1946, on ne retrouve que 83 réalisatrices, soit 4,7 %.

Leur principal argument de défense est que cette disparité n’est que le simple reflet de la faible représentation des femmes dans le milieu de la réalisation cinématographique. Un argument réfutable car en France, environ un quart des cinéastes étaient des femmes entre 2009 et 2014, selon le Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC).

Cette année, c’est l’actrice australienne Cate Blanchett qui présidera le jury, soit la 12ème présidente en 71 éditions. Malgré cela, le constat est sans appel. Cela ne serait-ce pas au final que le reflet d’un certain état du cinéma mondial ? Un cinéma mondial où ce n’est qu‘en 2010 qu’une femme reçoit l’Oscar du meilleur réalisateur (Kathryn Bigelow pour Démineurs). Il y a tout juste 8 ans. 8 ans c’est aussi le nombre d’années qu’il a fallu pour qu’une femme soit à nouveau nommé dans cette catégorie. C’était cette année Greta Gerwig nommée pour son premier film Lady Bird.

Une sous-représentation persistante des femmes

En moyenne, seuls 23% des films ont pour personnage principal une femme. En 1985, Alison Bechdel a été jusqu’à créer un outil qui se nomme le Bechdel Test. Ce test a pour but de démontrer par l’absurde à quel point certains films sont centrés sur le genre masculin des personnages. La méthode est simple : le film doit répondre positivement à trois questions. Deux femmes sont-elles identifiables ? Parlent-elles ensemble ? Et si oui, évoquent-elles autre chose que des hommes ?

Une étude publiée par Polygraph montre que sur 4000 films, 37% échouent à répondre positivement à ces trois questions. Mais lorsque l’équipe de scénaristes est composée d’au moins une femme, 17% échouent, et lorsqu’il n’y a que des femmes à l’écriture, le chiffre tombe à 6%. Même chose à la réalisation, on voit que 41% des films réalisés par des hommes échouent lorsque 90% des films réalisés par des femmes réussissent. Oui, c’est assez déprimant.

Il est important de souligner le fait que cette méthode est à prendre avec des pincettes car certains films vont obtenir un resultat positif uniquement car deux femmes échangeront un dialogue de trois phrases durant le film. Au contraire, un film obtiendra un résultat négatif alors que des personnages féminins forts interviendront tout au long du film sans forcément intéragir entre elles.

Le cinéma est au final le miroir d’une société. Qui ne donne pas forcément toutes ses chances aux femmes, et continue de nourrir des stéréotypes dont elles ne peuvent pas se défaire. Pourquoi voulons-nous des femmes fortes ? Tout simplement parce qu’elles le sont dans la vraie vie. Qu’elles soient représentées dans leur hétérogénéité. L’objectif étant simplement la parité. Un objectif visiblement partagé car il fait l’objet d’une tribune publiée dans Le Monde. Datée du 1er Mars, et rédigée par un collectif de professionnels du cinéma pour lequel des personnalités, comme Juliette Binoche ou Madame la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, ont apporté leurs soutiens..

Nouhaila Bassiri

 

 

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