Les conditions d’hygiènes ont toujours été un combat silencieux pour la femme. Enfermé dans un tabou depuis la nuit des temps, il se brise au fur et à mesure des années. C’est notamment ce que nous pouvons voir dans le sous-continent indien. « The Menstrual taboo » [tr : Le tabou menstruel] touche plusieurs sociétés où les menstruations sont vues comme quelque chose d’impur et d’embarrassant. Arunachalam Muruganantham est aujourd’hui vu comme un héros pour les uns, ou un pervers pour d’autres, de par son implication à ce sujet encore sensible. L’important reste qu’il a réussi à améliorer les conditions de nombreuses femmes en Inde grâce à ses recherches.

La courageuse histoire d’Arunachalam Muruganathan

Né en 1962 dans une petite ville nommée Coimbatore en Inde, Muraganantham est appelé PadMan. Il a grandi dans une pauvreté extrême après la mort de son père. Muraganantham suivait les ordres et les conseils de sa mère. À 14 ans, il arrêta l’école pour subvenir aux besoins de sa famille en enchainant les petits boulots.

C’est en 1998 qu’Arunachalam Muruganathan se maria. Quelques temps après, il fut surpris de voir sa femme cacher de petits bouts de tissu et de papier qu’elle utilisait pendant ses périodes de menstruation. De là, commença une recherche pour savoir s’il n’existait pas un moyen plus hygiénique pour faciliter les périodes menstruelles de sa femme. Il en trouva, en effet, mais à des prix exorbitants. Il faut savoir que le salaire moyen en Inde est estimé à 150€ par mois. Seulement 15% des femmes ont accès aux serviettes hygiéniques car ces dernières restent un produit vendu 40 fois plus cher que son prix d’origine.

Arunachalam Muruganathan a donc passé plusieurs années à rechercher le meilleur moyen de faciliter cette période. Pour cela, il demanda d’abord à ses sœurs ainsi qu’à sa femme de tester ses prototypes, mais elles ont rapidement arrêté de coopérer avec lui, embarrassées de parler de cela, trouvant cela même insultant. Muruganathan a dû continuer seul. Il demanda alors à de jeunes étudiantes en médecine de tester ses prototypes mais la réponse fut la même pour toutes :

« C’est embarrassant et humiliant. »

Sous cette pression, la femme d’Aruchalam Muruganathen demanda le divorce. Pourquoi cette réaction naturelle du corps est alors perçue comme si embarassante ? Pour mieux le comprendre il faut se pencher sur la condition de la femme en Inde…

women march indiaLa condition de la femme et ses tabous en Inde

Le statut de la femme en Inde est en lien très étroit avec la famille. La famille a toujours été un pillier fondamental dans la culture indienne dont il est difficile de s’émanciper. On vit pour sa famille, on travaille pour sa famille, on meurt pour sa famille. Cette relation est régie par le patriarcat et par une hiérarchie de l’âge : les plus âgés de la famille détiennent une autorité sur les plus jeunes générations. Et l’homme détient une autorité sur la femme. Cette autorité est souvent la cause d’abus envers les femmes. S’en dégage plusieurs crimes et injustices à travers le sous-continent indien.

Des crimes envers les femmes tels que le viol, le jet d’acide, les mariages forcés et le proxénétisme sont malheureusement très présent dans le pays. Beaucoup de crimes ne sont pas rapportés à la police, par peur ou par honte. Et malgré cela, les statistiques rendent compte d´une dangereuse croissance du nombre de crimes commis contre les femmes en Inde.

En 2011, à Mumbai, a lieu une campagne appelée « Right of Pee » [ndlr. le droit d’uriner]. Dans une des villes les plus développée d’Inde, l’homme a le droit d’uriner dans des toilettes publiques contrairement aux femmes qui doivent, elles, payer pour avoir le droit d’aller aux toilettes. Le mouvement « Right Of Pee » a collecté plus de 50000 signatures en réclamant plus de sanitaires publics pour les femmes, avec des poubelles. Grâce à ce mouvement, le gouvernement a accepté de construire des milliers de toilettes publiques pour les femmes à Mumbai.

L’influence d’Arunachalam Muruganathan

Après de nombreuses recherches, en essayant seul ses multiples prototypes, l’invention de PadMan voit enfin le jour en 2006 et se voit aujourd’hui enregistrée dans les nominations de la Fondation Nationale d’Innovation. Plus de 1300 machines sont aujourd’hui installées dans 27 états d’Inde tandis que 17 autres pays produisent ses serviettes hygiéniques. Arunachalam a réussi son pari puisque ses serviettes sont 50% moins chères que les autres marques présentes en Inde. Permettant un meilleur accès à ces produits d’hygiènes pour les femmes, en 2014, il fait partie de la liste des 100 personnes les plus influentes du monde. Un film biographique retraçant son histoire est sorti en salle en février dernier. Il est intitulé : PADMAN.

Son invention est une étape supplémentaire dans le monde du féminisme en Inde. En plus de créer des serviettes hygiéniques moins chères, ses usines sont créatrices d’emplois. Arunachalam Muruganathan est une inspiration pour nous tous, lui qui a réussi à voir la femme telle qu’elle est.

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