We Girls Select s’est penché cette semaine sur un phénomène naissant, Josue Comoe, un artiste plasticien de 23 ans et mannequin en parallèle. Afin d’être le plus fidèle possible à sa personne et de la respecter au mieux, nous avons préféré directement laisser la parole à cet artiste, afin de découvrir au mieux son travail et ses idées.

Je m’appelle Josué et j’ai 23 ans. Je suis artiste plasticien. Ma particularité est qu’il n’y a plus grand monde qui se donne ce titre d’« artiste plasticien ». Peut-être que je ferais de la peinture toute ma vie mais pour le moment je préfère me présenter comme ça pour que les gens ne soient pas choqués si, plus tard, j’ai envie de m’exprimer avec du dessin. J’ai étudié aux ArtDéco et j’ai différentes manières de m’exprimer. Mais, finalement, elles se rejoignent toutes puisque je prends en photo avant de dessiner et je dessine avant de peindre.

Le problème c’est que l’école et les études ont eu un effet très négatif sur moi. Je ne m’épanouissais pas mais il me fallait un bagage. J’ai donc eu un Bac L puis j’ai fait une prépa d’arts plastiques que j’ai arrêté en cours d’année. Même si j’ai du mal à m’adapter à un cadre scolaire, j’ai quand même tenté une école supérieure d’art. Je me suis très vite senti mal et au bout de la troisième année, j’ai compris que je n’y avais pas ma place. Il y avait ce problème d’être le seul noir mais aussi le seul banlieusard. On me ramenait énormément à ma condition d’homme noir. On fantasmait beaucoup trop sur ma personne, ce qui devenait pesant. Il y avait aussi cette forme de paternalisme indécent venant des professeurs et de fantasme presque fétichisme venant des mes camarades de promos.

Quel a été le déclic pour t’émanciper ?

Je pense que c’est vraiment les attentats qui ont eu lieu à Paris en 2015. Il y a eu une sur-médiatisation de ces événements, ce qui a créé un énorme amalgame. Bien que je ressente quotidiennement ma différence, on m’a un jour fait une réflexion concernant une assimilation à ces terroristes et je n’ai pas pu le supporter. Je pense que c’est là que j’ai compris que je devais me créer ma propre place et c’est que j’essaie de partager dans mon travail : me ré-approprier ma personne.

Mai,  financièrement parlant, comment est-ce-que tu t’en sors ?

Et bien, j’ai la mode à coté, je suis mannequin. Grâce à la mode et aux quelques campagnes que j’ai fait, cela m’a permis de gagner ma vie et de me faire quelques économies.

En effet il y a certains articles qui parlent de ton expérience dans ce monde. Ça ne t’a pas plu ?

C’est un monde intéressant mais malheureusement il y a toujours du racisme. Donc les milieux tels que la mode ou l’art restent des milieux qui me rappellent constamment ma condition d’homme noir. Aujourd’hui bien sûr, j’ai assez de maturité pour les prendre comme ils sont, mais cela reste violent. Après, on peut voir qu’il y a du changement. Un melting-pot culturel se crée mais pas assez. Si je vous parle d’un mannequin albinos, vous en avez qu’un en tête. Si je vous parle d’une mannequin atteinte de vitiligo, vous savez aussi de qui je parle. Est-ce que grâce à ces mannequins cela va permettre à ces personnes là de marcher normalement dans la rue ? Non. En ce qui concerne la démarche de mon travail, cela me permet de – comme j’ai pu le dire précédemment – : me ré-appropier ma personne. Et je vais aussi en profiter pour représenter cette catégorie de personne mal représenté(e)s et/ou peu représenté(e)s. Des minorités, des racisés etc. La manière dont je dessine est clairement dans cette démarche.

Josue Comoe pour Chanel

 

Pourquoi as-tu abandonné le milieu de la mode ?

Je n’ai pas abandonné la mode. C’est plus complexe que ça. J’avais un mal être dans ce milieu sans forcement comprendre pourquoi. Je me faisait beaucoup d’argent, j’ai fait plusieurs campagnes. J’étais vraiment promu à un grand avenir mais je me sentais mal et personne ne le comprenait, même mes proches. J’ai fais une pause mais je suis toujours mannequin en parallèle.

Rose blessée de Josué Comoe

 

«Les artistes comme Léonard de Vinci sont comme mes darons»

En voyant ton art, nous avons été très surprises. Surprises par la simplicité de tes oeuvres mais aussi par cette puissance très flagrante. Nous avons passé beaucoup de temps à regarder et à admirer tes oeuvres et nous en sommes venues à cette problématique : comment des oeuvres aussi simples peuvent-elles être aussi puissantes ?

La première chose importante de mon travail et qui me motive à le faire est que cela soit très thérapeutique. Je m’inspire d’énormément de monde, en musique notamment avec Christian Scott, sinon il y a aussi Leonard De Vinci, ce genre de peintres sont comme mes darons.

Parfois,  je n’essaie pas forcement d’écrire ou d’envoyer un message. Il y a juste un lien avec ce que je suis, ce que j’ai fais et beaucoup de mon âme. Prenons un exemple : vous, vous êtes des femmes et vous avez la réalité de femme et vous savez à quel point ça peut être difficile… Donc quand vous allez aider d’autres femmes, vous pourrez savoir au mieux ce dont elles ont besoin. Moi c’est pareil. S’il n’y avait pas ce coté où j’arrive à extérioriser mes propres pensées et mon vécu, je n’aurai jamais réussi à peindre. Il a fallu que je passe par ces étapes difficiles pour que j’en arrive à un stade où je peux me permettre de parler.

Dans ma prochaine exposition, il y aura des dessins que j’avais fais plus jeune. Et on voit clairement une différence. J’étais beaucoup plus écorché. Je n’avais pas le recul que j’ai aujourd’hui. Les dessins d’un mètre que je faisais au stylo bic qui étaient plus sombres, leurs expressions aussi. Aujourd’hui, dans mes peintures, j’essaie de créer un univers qu’on peut voir à la manière dont est peinte la peau des personnages, elle réagit à la lumière d’une manière presque utopique. Et puis j’aime que cela soit vide, le fond de mes tableaux est très souvent vide parce que je veux vraiment qu’on se concentre sur le personnage.

« Dans mon travail je ne parle pas de victimisation, d’ailleurs ça n’existe pas chez moi, ça. Je parle simplement de faits réels. »

 

Et la femme en 2018 ?

Premièrement je suis un homme et je ne sais pas si je suis le plus apte à parler en votre nom. Mais mon avis personnel sur la femme est qu’elle doit commencer ou continuer à s’élever. Dans mon travail, je fais énormément de portraits de femme sans forcement avoir leur réalité des choses mais j’ai envie qu’on les regarde et qu’elles soient mises en valeur. J’aime prendre en photo les femmes d’en bas afin qu’elles prennent de la hauteur.

Pour terminer, quel sont tes plans pour l’avenir ?

Dans un premier temps, j’aimerais beaucoup vivre de ma passion. Parce que pour le moment, même si j’ai beaucoup de visibilité, je suis toujours broke et je ressemble de plus en plus à un artiste fauché! (rires). Mais plus sérieusement, je me nourris beaucoup du soutien, donc c’est ce qui me motive à continuer. Prochainement j’ai mon exposition « La lutte », du 27 avril au 4 mai à Paris alors c’est le début d’une concrétisation.

Dans une de ses oeuvres, nous voyons un Josué au sol, torse nu, les cheveux tels une auréole. Cela nous confirme bien le nom d’artiste qu’il porte: Shams, qui veut dire soleil en arabe. En effet, Josué est une lumière aussi bien dans le milieu artistique qu’intellectuel. Nous y voyons une sédition de son âme à travers chaque engagement qu’il mène dans ses oeuvres et ses démarches professionnelles. À l’instar de Léonard de Vinci, WegirlsSelect lui souhaite une longue vie, en espérant que le monde connaitra sa puissance avant sa mort.

Kaoutar K. & Ahlam B.

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