[LA RÉDACTION] Après plusieurs années d’absence vous revenez avec un nouvel album. Pouvez-vous nous parler de vos influences ?
[Hollysiz] Elles sont larges, après c’est toujours à postériori que l’on se rend compte de ce qui nous a influencé. C’est souvent assez inconscient. Sur cet album là je suis revenue à ce que j’écoutais adolescente, c’est-à-dire beaucoup de musique latine, brésilienne, notamment un album qui a été très fondateur qui s’appelle Brasileiro de Sergio Mendes et dans lequel il y a des percussions très particulières qu’on retrouve dans Don’t care about us de Michael Jackson et des années plus tard dans le travail de Pharrell Williams par exemple.

À ce moment là j’écoutais beaucoup Annie Lennox, Florence + the machine,tout ce qui a fait les tubes des années 2000, de Missy Elliott à Pharell Williams, les Neptunes et beaucoup de Lauryn Hill. Même si ce n’est pas ce qu’on ressent dans l’album. Mais je sais que je suis beaucoup revenue à de l’organique, c’est-à-dire des loops hip-hop mais avec des vraies percussions, plutôt que de mettre des synthé, des pianos, beaucoup de voix et beaucoup de choeurs, afin de retrouver ce côté chaleureux qui pouvait manquer sur le premier album mais qu’on retrouvait sur scène.

Ce nouvel album a beaucoup été “fait” sur la scène, alors comment cela se passe-t-il au studio, que ce soit avant ou pendant l’enregistrement?

On s’en détache en fait. Ça a été pensé pour la scène. Je sortais de 2 ans et demi de tournée. Évidemment quand on est chargé de tout ça, on ne chante pas de la même manière, on est pas dans la même énergie. J’avais 25 titres pour faire le choix et je me suis demandée: est-ce que je vais avoir envie de chanter ce morceau tous les soirs sur scène? Cela permettait de dégager certains titres qui étaient très bons pour faire partie de l’album. Il y a un ou deux morceau de cet album que l’on ne joue pas parce que sur scène ils n’ont pas vraiment leur place alors que dans l’album ils avaient une place particulière. Je sais que j’aime les concerts qui ont beaucoup d’énergie donc je ne peux pas me permettre de mettre que des tempos lents. Dans l’autre sens, on se disait : celui là en live il va être génial! Et puis le live et la tournée ça a été encore une autre préparation, on a réarrangé entièrement certains morceaux avec Xavier Caux, le co-réalisateur -avec Yodelice- de mes deux albums, pour qu’il soit directeur musical et qu’on réfléchisse ensemble parce qu’on n’a pas 2 percussionnistes ni 5 choristes. On est obligé de réduire pour le live sans que le son en pâtisse et donc il faut trouver des alternatives.

Vous parliez de Yodelice, c’était important pour vous qu’il soit là pour ce nouvel album ?

Ça s’est fait naturellement. J’ai testé d’autres réalisateurs d’albums et puis la maquette que je trouvais la plus juste dans ce que je voulais était la première que j’avais faite avec lui – Rather Than Talking d’ailleurs. Avec Xavier Caux on est un vieux « trouple ». Ça fait 10 ans qu’on travaille ensemble et j’espère que ça va continuer. Il y a quelque chose de très immédiat entre nous.

Dès la première écoute de l’album on sent la femme très engagée que vous êtes. Vous prenez position.
Je sais pas, j’ai pas l’impression d’être très engagée, en tout cas pas plus que je ne le suis dans tout ce que je fais. Je ne pensais pas que ça atteindrait autant ma musique parce que dans la vie quand je m’engage dans quelque chose j’y vais à 200%, je m’engueule très fort à table quand on n’est pas d’accord politiquement ou quand je sens que des droits sont bafoués. J’ai un grand côté: l’injustice est impossible. Évidemment ça a beaucoup atteint ma musique. J’ai l’impression que le contexte a fait que les gens s’en sont davantage rendus compte parce que le contexte était propice. Quand je vois le dernier album de Florence and The Machine, l’album d’une femme qui se reconstruit après avoir été battue par son mec, dont personne n’a parlé au moment de sa sortie, on a juste dit: “quel bel album, quelle voix magnifique, elle a travaillé avec tel producteur, elle a fait ci et ça”. Alors que lorsqu’on écoute et que l’on voit le film qui l’accompagne -que je recommande vraiment à tout le monde. Il dure 50 minutes et complète chaque morceau- c’est magnifique ce que ça raconte sur les femmes battues, sur les femmes abusées. Mais le contexte a fait qu’on n’ a pas du tout évoqué cet album. Donc oui, j’ai l’impression que plus ma voix prend de la place, plus je me dois de l’utiliser pour des causes qui me tiennent à coeur. Par extension juste être une femme c’est déjà un acte politique (rires).

D’ailleurs, on vous a vue parmi les 85 femmes présentes à Cannes, montant les marches pour dénoncer la place des femmes dans ce festival mais aussi dans le cinéma en général. C’était important pour vous d’être présente ?
Oui, déjà c’était très émouvant pour nous toutes d’être là et réunies avec des femmes agents, des productrices, des monteuses, des actrices, des réalisatrices… De voir toutes ces femmes « actrices du cinema ». On était évidemment là pour représenter ce monde artistique mais aussi pour faire écho à tous les autres milieux dans lequel l’égalité salariale n’existe pas. Je pense que c’est par des actions concrètes que les choses vont commencer à bouger. Cela replace dans notre société la réflexion sur l’égalité et nous interroge: pourquoi une femme est moins bien payée, qu’est-ce qui a manqué à un moment? J’espérais donc représenter avec ces 84 femmes un écho à d’autres femmes et d’autres milieux. J’étais à Cannes ce jour là et j’ai été appelée quelques jours avant par Rebacca Zlotowski qui est une réalisatrice qui a fait partie de la création de ce mouvement 50/50 2020. J’étais très honorée d’en faire partie puisque le cinéma est un monde dans lequel j’ai encore un pied et dans lequel j’ai moi-même vécu de nombreuses injustices extrêmement misogynes.

Pensez-vous qu’on est à une époque charnière pour la femme, que ce soit en France ou dans le monde ?
Je l’espère. Aujourd’hui, au moment où on se parle, il y a un vote en Irlande pour le droit à l’avortement. Bon et bien on est à un moment charnière pour l’Irlande. On est en 2018, ça parait fou de se dire que l’on est en train de voter maintenant pour ça. En même temps, tant mieux que ce vote arrive puisqu’il y a encore un an et demi, on le remettait en question dans plusieurs pays d’Europe, en Espagne, en Pologne, même en France lorsqu’on était en période électorale. Certains candidats n’avaient aucun problème à donner leur avis sur la question et à dire qu’ ils n’étaient personnellement pas totalement pour.

On est à un moment charnière, pas parce que la parole s’est libérée mais parce que je crois que l’écoute est plus présente qu’avant parce que les femmes s’expriment sur de tels sujets depuis bien longtemps mais on ne les a pas entendues. J’espère qu’il va concrètement se passer des choses. Il y a des associations magnifiques comme la Fondation des Femmes qui lève des fonds pour aider les femmes qui portent plainte afin qu’elles aient le droit à un avocat,  les moyens de trouver un logement pour pouvoir quitter la personne avec laquelle elles vivent. Tout ça c’est du concret, j’espère que maintenant plutôt que de parler, on va agir.

Quel est le titre de votre album qui parle le plus de la place des femmes dans le monde ?
C’est Unlimited, celui qui ouvre l’album. J’ai commencé à l’écrire quand j’habitais aux États-Unis en 2016 et Yodelice m’a dit : tu parles du moment où tu t’es sentie sans limite où tu as creusé au fond de toi pour trouver la force de te dépasser. Mais justement tu es tellement engagée dans ta vie, tellement investie qu’il faudrait que tu pousses ça un peu plus loin. J’ai réfléchi et je me disais : comment aborder tout ça au sens large? Et pile à ce moment là, c’était le moment où on a remis en question le droit à l’avortement avec l’investiture de Donald Trump et donc la Women’s Marsh qui a pris d’un coup une ampleur particulière parce qu’on venait d’élire un homme d’une misogynie absolue et qui avait des propos complètement délirants sur les femmes. Soudainement je me suis dit : oui je me sens agressée moi, dans ce que je suis au plus profond de mon être et je me sens aujourd’hui en danger dans mes droits, dans la place qu’on va me donner. Et le texte est sorti tout seul: « nous sommes quelques voix, quelques gouttes et bientôt nous serons un océan ». Un an plus tard, la chanson est sortie dans un contexte très particulier parce qu’il y a avait eu l’affaire Weinstein, MeeToo et tous ces mouvements là. Quelque part, on est beaucoup de femmes à avoir ressenti qu’il allait se passer quelque chose, parce que c’était pas possible que les femmes se taisent encore, c’était impossible.

C’est un titre qui est presque un constat. Je reprends le dialogue maintenant. C’est une présentation, j’en étais là. J’ai fait tout ce travail, donc laissez moi ouvrir le 2e chapitre et puis laissez dérouler l’album.

Pour parler plus de la scène, quelle est la chanson que vous préférez interpréter sur scène?
Je dois dire que je surprise de l’ampleur qu’a pris Rather Than Talking sur scène parce que les choeurs sont repris par les gens. On a crée un Wall of Love, qui est un vrai moment de communion avec les spectateurs, dans la salle et même entre eux. Et c’est souvent de grands moments d’émotions mais je n’en dirais pas plus, il faut venir sur scène pour voir (rires).

Vous montez sur scène dans quelques heures, comment s’y prépare-t’on ?
On se prépare les mois et les semaines qui précèdent. C’est une hygiène de vie monacale, comme un sportif de haut niveau. Au quotidien c’est le plus de repos possible dans la journée, reposer son corps et sa voix, la journée est dédiée au spectacle du soir. Et s’imprégner de la salle, des gens qui vous accueillent. Tout ça donne le tempo d’une salle.

Avez-vous des petites manies avant de monter sur scène ?
Je partage toujours ma loge avec Julie qui est au clavier, la seule autre femme de l’équipe. On se chauffe la voix ensemble. C’est assez méditatif, c’est un moment où on est toutes les deux, c’est pratiquement du yoga la façon dont on chauffe notre voix. Ensuite, on se retrouve tous ensemble, on fait un câlin géant avec toute l’équipe. Moi je touche les fesses de mes musiciens avant de monter sur scène, ils n’ont pas encore porté plainte pour harcèlement mais ils me menacent régulièrement (rires). C’est un moment qui nous appartient. À une époque on se disait le mot qui nous passait pas la tête les uns après les autres, ce qui donnait un cadavre exquis assez incroyable et puis on a arrêté parce qu’il nous arrivait de monter sur scène avec des fous rires incontrôlables. Donc maintenant on reste juste concentré sur le moment et dans les bras des uns des autres.

Comment est-ce qu’on prépare une tournée ?
Je suis derrière le moindre détails. On constitue déjà une équipe parce que je peux avoir des idées pour des lumières mais c’est pas mon métier donc autant prendre le meilleur – ce qui a été le cas. J’ai travaillé très en amont avec une scénographe qui s’appelle Laura Léonard qui avait travaillé sur mon premier spectacle et qui travaille souvent en binôme avec Jeremy qui est notre créateur lumière, présent pour mon premier album aussi. On est obligé de faire une setlist. C’est là que c’est le plus difficile parce qu’on a envie de tout jouer et qu’on ne peut pas. Certains morceaux se bouffent les uns les autres donc c’est un vrai travail d’équipe et de répétition pour enchainer les morceaux ensemble pour voir ce qui marche et ne marche pas. Parfois on change au fur et à mesure des dates en se disant: tiens, hier on s’est rendu compte qu’en fait c’était pas la bonne place. J’ai fait des moodboard avec énormément de photos, de vidéos, de ce que j’avais envie de retrouver sur scène. J’ai travaillé avec une équipe et on a ensemble crée avec Alexandre Vauthier les costumes, tout le monde apporte sa pierre à l’édifice.

Pour finir, la question un peu subjective, quelle est votre musique du moment ?
J’écoute presque tous les jours Résiste de France Gall.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour l’avenir?
Que ça continue comme ça !

Source : SWAG FM

2 Comment

    • Claire -

    • 25 septembre 2018 at 15:18

    Bonjour,

    Un peu difficile d’approche la page d’accueil, on ne sait pas où regarder, je dirais, sans méchanceté, c’est une peu désorganisé.
    Depuis le 25 mai, le RGPD (Règlement Général de la Protection des Données) en anglais, GDPR , le thème ne parait pas être aux normes, absent de la phrase sous les commentaires à cocher ou non
    “Save my name, email and website in this browser for the next time i Comment”

    C’est le problème de prendre un thème qui n’est pas dans le best-seller de ThemeForest
    https://themeforest.net/category/wordpress/blog-magazine/news-editorial?sort=sales

    Le site aurait pu avoir le thème SmartMag !
    https://themeforest.net/item/smartmag-responsive-retina-wordpress-magazine/6652608?s_rank=4

    Classe et bien organisé en page d’accueil
    http://theme-sphere.com/demo/smart-mag-landing/?v=2

      • Yona H -

      • 26 septembre 2018 at 12:18

      Bonjour,

      Merci pour votre avis qui sera pris en compte. L’utilisation d’un thème méconnu est voulu je ne souhaitais pas mettre en avant une page d’accueil plate et similaire aux autres. Il est vrai néanmoins que ce thème n’est pas le meilleur j’ai été interessé par ses mises en page originales mais j’ai du revenir à quelques chose de plus soft par soucis de clarté.

      Je ne sais pas si il existe des plug in pour mettre en place ce genre de choses concernant votre remarque sur le RGPD mais je vais me renseigner et faire en sorte que cela apparaisse.

      Merci beaucoup
      Yona H.

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