Dépendante d’un nouveau mouvement d’illustrations berbères modernes. Les dessins Haouari House nous ramènent dans un univers oriental pratiquement jamais montré.

À l’instar de ces grands palais inspirés de l’art islamique, avec ces beaux princes et ces belles princesses qu’on s’use à nous montrer. La dessinatrice Samira nous ramène vers un art plus vraisemblable. À travers une interview, elle nous parle de cet intérêt qu’elle porte à dessiner la femme sous touts ses traits et ses formes.  

Bonjour, alors tout d’abord j’aimerais que tu te présentes en quelques mots s’il te plait ?

Bonjour, je m’appelle Samira, je viens tout juste d’avoir 26 ans et je vie au Pays-Bas, mais je suis originaire du Maroc.

Quand as-tu commencé à dessiner pour la première fois ?

Eh bien, je ne pourrais pas me souvenir de la première fois que j’ai commencé à dessiner. Je sais juste qu’au moment où j’ai commencé à tenir un stylo j’étais prête à dessiner, cela a toujours été quelque chose que je faisais pour m’amuser.

Sur ton instagram tu as comme user « Sahara_Ninja », je pourrais savoir pourquoi ce nom ?

En fait, j’aimerai changer mon user sur instagram, parce que beaucoup sont tenté de penser que je m’appelle Sahara, et il y a énormément de monde qui n’arrive pas à me trouver mais qui ont déjà vu un de mes dessins. Mon nom sur Facebook et Tumblr est différent, c’est HaouariHouse. Mais sinon le nom « Sahara_Ninja » était inspiré de la série Naruto et aussi parce que je pensais que la tenue traditionnelle des hommes Tuareg ressemblait à des ninjas bleus. « Saraha » est manifestement une référence au sahara lui-même. Donc les Ninja du Sahara.

D’où t’es venue cette inspiration à représenter le berbère d’une manière si moderne et en même si traditionnelle ?

HaouariHouse a commencée quand, un jour, j’ai regardé à travers le visage de ma grand-mère. Je l’ai analysé, et admiré ses traits ses accessoires, ses tatouages et à ce moment-là je me suis demandé : Pourquoi il n’y plus de jeunes femmes qui ont ce genre de tatouage sur le visage ? C’est alors que j’ai décidé de dessiné une jeune femme avec ces tatouages. Donc j’en conclu que ma propre grand-mère était cette inspiration.

C’est vrai qu’on peut voir que tu ne dessinais pas seulement de jeunes femmes, tu arrives à représenter la beauté de toutes les femmes, aussi bien jeunes qu’âgées. Pourquoi leurs accordes-tu autant d’importance ? Pour nous ?

Je pense que c’est important d’optimiser le portrait de la femme peu importe son âge ou son physique. Surtout quand les plus anciennes générations souffrent d’un sentiment de honte d’avoir encore ses tatouages et les plus jeunes générations souffrent de leur identité et voulant un tatouage mais elles ne peuvent pas. Je pense que la diversité sous tous ses aspects, comme l’âge ou de couleur de peau est très important. Surtout dans le travail d’illustrer une ethnie aussi grande et diversifiée que les Imazighen (Peuple Amazigh).

Je pense aussi que mon but est que chacune puisse se sentir représentée dans mes dessins et être fière et reconnaissante de leur racine et de leur famille comme par exemple leurs grand-mères…

Quel est ton point de vue vis-à-vis de l’Homme ? Quelle place a t-il dans ton monde ?

Dans mon monde, la place de l’homme est à côté de la femme. Pas avant, pas après. Nous sommes égaux, et aucun ne doit avoir une position d’autorité sur l’autre. Les deux sont libres de choisir leur genre, leur stéréotype et tout ce qui est préjudiciable. Les deux sont librent de se considérés comme êtres humains.

Beaucoup artistes considèrent la femme artistiquement plus belle que l’homme, es-tu de cet avis ?

Non je ne le suis pas. Je pense que la femme a toujours été plus sexualisée et idéalisée que l’homme. Je pense aussi que les stéréotypes et les genres humains jouent une énorme place dans ce qu’on considère de « Beau ». Je pense que l’homme est tout aussi beau que la femme. Ne devons garder en tête que cette idée de « La femme est artistiquement plus belle que l’homme » vient d’un point de vue hétéronormatif [ndlr. Qui considère l’hétérosexualité comme l’unique orientation sexuelle à suivre, comme une orientation sexuelle normale ou comme une orientation sexuelle supérieure aux autres (saphisme, bisexualité…).] La femme est aujourd’hui victime d’une pression dans cette engrenage d’une quête vers la beauté. Etre belle est souvent lié à la féminité à cause de ça. Ce qui ne devrait pas.

Quel message essais-tu de nous partager finalement ?

Je pense que le message que je veux partager est que nous ne devons jamais avoir honte de nos origines. Il s’adresse au peuple Amazigh aussi, les personnes originairement Amazigh ne devraient pas avoir honte d’être Tamazight. Oui voilà, j’essaie de montrer que nous ne devrions pas avoir honte de nos traditions comme par exemple de nos tatouages. C’est une partie de notre histoire qui est très riche et complexe. Nous devrions en apprendre plus sur cela justement.

De plus j’essaie d’expliquer qu’il y a un pouvoir et une puissance chez la femme et que la « féminité » ne veut pas forcément dire être une femme ou être faible. Tu n’as pas à adopter des traits masculins pour pouvoir te considérer comme forte.

Mon message se porte aussi pour toutes les femmes d’Afrique du nord, qui devraient être aussi libres qu’elles le veulent, peu importe si sa liberté se trouve derrière un voile ou des tatouages sur son corps. Et aussi pour les hommes ; leur montrer qu’ils devraient embrasser leur côté féminin comme quelque chose de positif et puissant. Je veux dire que l’homme imazighen était dans le passé, et avant tout un matriarcat [ndlr.  Régime juridique ou social où la mère est le chef de la famille (opposé à patriarcat)].

Le message de Samira nous ramène à une toute nouvelle philosophie. Elle représente le symbole de cette nouvelle génération post immigration qui définit ce melting-pot, qui assume ses origines et qui arrive à assembler sa modernité avec ses traditions.

Kaoutar

Suivez la :

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *