Cela fait plus d’un an que“Kimi no na wa”ou “Your Name” de Makoto Shinkai est sorti en salle. Alors quand les producteurs de ce dernier ont fait savoir qu’ils revenaient avec un nouveau film d’animation, l’attente était palpable. “Flavors of Youth” est le titre international du nouveau film du studio qui a également produit le fameux “Your Name”.

Renouveau et inspiration de Makoto Shinkai

En février 2018, le studio d’animation chinois Haoliners Animation League et le studio japonais CoMix Wave Films révèlent leur collaboration pour un projet commun sur un film d’anthologie composé de trois courts métrages indépendants. Alors non, pas de Makoto Shinkai à l’horizon. Ces récits sont écrits par trois auteurs différents : Jiaoshou Yi Xiaoxing, Yoshitaka Takeuchi (d’après un script de Naruki Nagakawa) et Li Haoling, également réalisateur en chef du projet. Une manière de donner une chance aux nouveaux dans le métier..

Une avant-première mondiale aura lieu le 6 juillet à l’Anime Expo, une convention américaine d’animé. “Flavour of Youth” ( traduit « Saveurs de la jeunesse ») est diffusé sur Netflix sous le titre anglais, il est connu sous le nom de “Si shi qingchun” ( traduit« Quatre styles de jeunesse ») et “Shikioriori” au Japon ( traduit « Poème des saisons tissés ensemble »), où il est sortit le 4 août 2018. Netflix a décidé d’en assurer la distribution, ce qui n’est pas difficile à comprendre quand on connaît le succès des films issus du studio d’animation japonais.

Sorti en fin d’année 2016, “Your Name” du réalisateur Makato Shinkai a été un succès mondial sans nom. Le studio Comix Wave Films a donc en quelques sorte surfé sur la vague, on ressent une certaine parenté avec le film de Makoto Shinkai dans la production de ces court métrages. Le dernier court métrage réalisé par Li Haoling est un hommage à “5 cm par seconde” de Shinkai. C’est des décors somptueux qui ravivent de véritables émotions, travaillées notamment grâce à une excellente utilisation de la 3D. Alors oui, “Flavors of Youth”, ce n’est pas le design et l’animation des personnages de ces deux long-métrages mais il n’en reste pas moins un beau film qui mérite d’être défendu.

Représentation d’un patchwork de vies

Flavors of Youth est composé de trois histoires qui se déroulent chacune dans une ville différente :

  • Hidamari no chōshoku (« Un petit déjeuner ensoleillé ») : Xiao Ming, un jeune salarié vivant à Pékin, se rappelle des nouilles de riz de son enfance, celles qu’il mangeait avec sa grand-mère, quelque part dans la province du Hunan. D’un plat rempli de bonheur à celui d’un fade quotidien, les nouilles ont traversé sa jeune vie. C’est un peu le récit de son enfance en soulignant l’importance qu’a pour lui ce plat, d’hier à aujourd’hui.

 

  • Chiisana fashion show Un petit défilé de mode ») : Yi Ling est un mannequin populaire vivant à Canton, un genre de New York chinois. La jeune femme a pris en charge depuis le décès de leurs parents sa soeur Lu Lu qui suit des études de mode. La pression du métier, la rude concurrence à laquelle elle fait face et ses obligations envers sa jeune soeur : tout semble pousser Yi Ling au bord de ses limites.

 

  •  Shanghai koi (« L’Amour de Shanghai ») : Dans un Shanghaï des années 90, on rencontre Li Mo, jeune concepteur architectural qui s’installe avec son meilleur ami Pan. En déballant ses cartons, il trouve une cassette audio qui le ramène alors à l’époque de son histoire d’amour adolescente avec Xiao Yu, en plein milieu des quartiers pauvres de la ville. Il cherche alors à découvrir les raisons qui ont poussé à la fin de cet amour de jeunesse.

Une narration déconstruit

Si la forme de l’anthologie est bien plus populaire dans l’animation japonaise pour tester les jeunes réalisateurs, cette collaboration avec un studio chinois apporte quelques changements. Les histoires se déroulent dans 3 villes chinoises et elles illustrent des coutumes différentes. Les visuels pour lesquels CoMix sont si connus sont bel et bien d’une beauté indéniable. Dans le premier court métrage, « Un petit-déjeuner ensoleillé », l’animation fourmille de détails comme celle des nouilles qui avive les papilles tant sa conception est proche de la réalité. L’histoire a presque une portée documentaire quand le personnage principal nous explique la spécificité de chaque nouille que ce soit dans leur préparation et leur goût. Si le niveau de détails est plus que prenant, les personnages, eux, sont relativement standards.

L’image a ses points positifs comme négatifs mais le son est, lui, d’une qualité impressionnante. La bande son à la fois délicate et intense est présente aux bons moments. Et moi qui ne suis pas, en général, une grande fan des voix françaises, il m’est impossible de nier que le doublage est excellent. Le début est néanmoins un peu lent. En effet, le premier récit n’apporte pas de réelle réflexion ni de morale. Il marque par sa simplicité. Le deuxième présente davantage d’action à travers plus de personnages, et plus d’interactions. Le dernier est, quant à lui, celui où l’intensité est la plus élevée à travers une romance superbement écrite et une bonne intrigue. Il serait alors facile de penser et d’affirmer que les récits de ces trois courts-métrages évoluent vers le meilleur. Or il me semble que la simplicité de l’histoire de Xiao Ming et de Yu Ling font tout le charme de cette oeuvre.

Seul regret, cette structure courte et indépendante a ses limites. S’attacher aux personnages semble plus compliqué. Le développement d’histoires et de personnages bouleversants est difficile à réaliser en si peu de temps. Pourtant, j’ai pu me projeter dans les diverses narrations des protagonistes, justement grâce à cette banalité quotidienne que l’on connait tous. Ces trois récits possèdent un point commun : la mélancolie. Chacune de ces histoires oppose un passé rempli de joie et d’innocence à un présent sans aucune saveur, accompagné de multiples interrogations sur ce que sera l’avenir. C’est en quelque sorte une peinture de la société chinoise actuelle : un monde qui veut aller trop vite dans la course à la modernité et au développement économique, oubliant ses racines, ses origines, son histoire. On le voit à travers le troisième court métrage lorsque la destruction des anciens quartiers de Shanghai dans le but de modernisations est évitée de peu, épargnant de justesse l’identité du lieu.

Un chef d’oeuvre poétique

Flavour of Youth n’a rien à voir avec le gigantesque “Your Name”, ce n’est pas comparable : la complexité face à la simplicité. On se concentre sur le quotidien des personnages, sans profondeur réelle, sur la réalité de la vie de tous les jours. Certains peuvent s’en plaindre et trouver cela plat. Je pense personnellement qu’un peu de légèreté ne fait pas de mal. Ce sont trois petites histoires élémentaire mais porteuses de sens. Tout semble s’embellir après avoir vu cette pépite défiler sous mes yeux et ce, de la nourriture aux transports en commun.

Ces trois histoires qui parlent de la fragilité de la jeunesse rappellent ce que être jeune. Elle ne sont certes pas longues mais suffisamment pour nous évoquer nos souvenirs, nos propres récits parce qu’ils sont normaux, réalistes et honnêtes. C’est un partage de moments auxquels ont peut tous s’identifier. Je ne suis pas mannequin et je n’ai jamais échangé des cassettes avec mon premier amour mais j’ai touché du bout des doigts, pendant ces quelques minutes, le ressenti de ces personnages. Chaque récit est différent et se concentre sur une personne différente mais ce qui les rassemble, c’est cette idée de jeunesse. La connexion à l’un des personnage ne dépend que d’un point de vu actuelle de la vie.

Pour moi, c’est la première histoire. Pourtant, j’ai grandi dans le nord de la France, bien loin du petit village chinois de Xiao Ming et des nouilles qu’il mangeait avec sa grand-mère. Mais c’est une piqûre de rappel. Un rappel des hivers froids et des été chauds, un retour à l’époque où l’idée de grandir ne m’avait jamais traversé l’esprit. Un temps où je pensais que je dégusterais les plats mijotés par ma mère, entourée des miens pour toujours. La trame de l’histoire m’a ramené autour de la table à manger de la maison familiale, de la chaleur de la vapeur et celle de mes proches. Ce sentiment de convivialité et de chaleur humaine, je l’ai ressenti pour la dernière fois lors de mon retour en Algérie, il y a quelques temps. Un endroit qui m’a rappelé tant de souvenirs, pas forcément les miens mais ceux de mon grand-père et de sa fille : ma mère. Dès ma sortie de l’aéroport, me voilà envahie par un tas d’émotions : le bonheur, la nostalgie et la familiarité. Tout cela accompagné d’un terrible sentiment de perte flottant dans les airs.

C’est aussi un délicat et doux rappel de ce que signifie grandir, de s’y accrocher et de finir par le laisser s’en aller. Que ce soit, la perte de sa grand-mère, la perte du premier amour ou les fermetures des restaurants de nouilles. Tout est éphémère. Même la jeunesse. Surtout la jeunesse. Mais cette nostalgie, il faut être capable de s’en détacher parce que de la vie avance, on ne peut pas remonter le temps et ça, c’est la beauté pure et dure de la simplicité. Voilà ce que représente Flavors of Youth. La nostalgie c’est tant de choses à la fois. C’est de la joie, de la tristesse, de la réflexion et une attention particulière aux détails, les petits détails de mon enfance, comme les nouilles de Xiao Ming.

À savourer (avec un bol de nouilles) !

Abdesselam Rania

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