C’est la 291ème fusillade dans un établissement scolaire américain depuis 2013. La 18ème déjà cette année, seulement cinq mois après la plus meurtrière qui a fait 58 morts à Las Vegas, pendant un festival de musique country.  Selon Gun Violence Archive, 15 600 personnes ont été tuées par une arme à feu en 2017 aux Etats-Unis, un chiffre qui ne comprend pas les suicides.

Un énième fusillade aux USA

Le 14 février dernier, 17 personnes, pour la grande majorité des adolescents, perdaient la vie lors d’une fusillade au lycée Marjory Stoneman Douglas, à Parkland, en Floride. Nikolas Cruz, ancien élève du lycée, renvoyé pour des raisons disciplinaires, utilise alors le semi-automatique qu’il a pu se procurer en toute légalité, à 19 ans, âge où le droit d’acheter des bières ne lui est même pas encore autorisé. Il aurait déclenché l’alarme incendie pour amener les lycéens à sortir dans les couloirs et aurait par la suite, tiré à vue.

A cet instant, Emma Gonzalez est cachée dans l’amphithéâtre de son établissement. Rescapée de ce tragique événement, la jeune femme prend la parole à la tribune trois jours après la tuerie lors d’une manifestation organisée en hommage aux victimes à Fort Lauderdale.

En onze minutes de discours, elle va devenir le nouveau visage de la jeunesse américaine en colère. Onze minutes soit cinq de plus que la durée du carnage ayant eu lieu dans son lycée. Accrochée à son micro, elle dénonce avec poigne et rage, non sans quelques larmes, les liens entre le président Trump et les élus du Congrès et la National Rifle Association (NRA), puissant lobby pro-armes. C’est la voix tremblante mais portée par une détermination sans nom qu’Emma va se faire porte-parole de toute une génération.

La NRA, cible des “anti-armes”

Le NRA ou la National Rifle Association, qui lors de sa création en 1871 était une simple organisation de chasseurs et d’amateurs de tir, est aujourd’hui un puissant lobby américain pro-armes et une force politique incontournable qui empêcherait un renforcement de la législation au Congrès sur le sujet. Le sujet en question est protégé par le deuxième amendement de la Constitution américaine : “Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé.”

Du haut de ses 18 ans, Emma Gonzalez appelle à une grande remise en question de cette législation, sujet épineux aux États-Unis. 18 ans c’est aussi l’âge de la première tuerie de masse de l’histoire récente des Etats-Unis à s’être produite dans un lycée, en 1999, à Columbine, dans le Colorado.

Un discours puissant d’une grande éloquence et de tous les autres mots valorisants auxquels on pourrait penser. Une jeune fille, pas même encore diplômée du lycée, se tient devant une foule et prend la parole. Prise au sérieux grâce aux efforts de femmes qui ont, avant elle, osé. Des femmes à la force brutale qu’on a essayé de faire taire.

Emma Gonzalez sait ce que cela signifie. Elle a tout vu. Elle a vu une femme se présenter à la présidence et être raillée et calomniée systématiquement. Emma Gonzalez est intelligente et connaît parfaitement les conséquences de son discours. Néanmoins, elle a persisté. Lors d’une vibrante allocution, elle exprime avec colère mais surtout avec détermination, sa volonté de faire évoluer la législation. Par cette prise de parole marquante, ellez est devenu l’héroïne des partisans du contrôle des armes à feu aux États-Unis.

Elle s’est chargée de rappeler au président américain que la mort de dix-sept personnes dans un lycée de Floride n’était pas imputable aux « problèmes mentaux » du tueur, mais bien aux liens de la National Rifle Association (NRA) avec les dirigeants américains : “À tous les hommes politiques ayant reçu des dons de la NRA, honte à vous”. Sa prise de parole est très vite remarquée puis partagée sur les réseaux sociaux, certaines personnalités vont même jusqu’à la soutenir ouvertement sur Twitter.

Kimothy Joy Parkland
Kimothy Joy

La jeunesse au coeur du combat

Le 21 février dernier a eu lieu un débat télévisé sur CNN,  diffusé dans l’ensemble du pays. Des jeunes, dont Emma, se sont confrontés à des politiciens, parmi lesquels le sénateur républicain Marco Rubio, dont la campagne a été alimentée à coups de millions par la NRA. À noter le cran du jeune Cameron Kasky n’hésitant pas à poser cette question au sénateur: “Pouvez-vous me dire maintenant que vous n’accepterez plus une seule de donation de la NRA ?”, le mettant par la même occasion dans une situtation embarassante qu’il a eu du mal à contrôler. Emma, elle, ne se privera pas de dire ce qu’elle pense à Dana Loesch, porte-parole de la NRA.

La lycéenne n’a pas peur d’affirmer ses engagements, étant déjà connue du monde du militantisme. En effet, en octobre dernier, le site américain, The Eagle Eye l’a mise en avant comme la présidente du club Gay-Straight Alliance (GSA), une association étudiante qui prône l’égalité, l’équité et qui défend les droits de la communauté LGBTQ.

Et voici un nouvel engagement de sa part, Emma Gonzalez fait partie des rescapés de la tuerie ayant lancé un appel à une nouvelle journée de mobilisation le 24 mars à Washington baptisée «Marche pour nos vies» dont l’objectif est clair : exiger un contrôle accru sur les ventes d’armes.

Perpetuelle ignorance de l’État

La réaction du président américain n’a fait qu’alimenter la colère des partisans d’une nouvelle législation. Donald Trump n’a pas mentionné une seule fois le terme “d’armes à feu” mais a préféré insister sur les problèmes psychologiques du tueur. Plus tard, il dénonce le manque de vigilance du FBI qui admet aujourd’hui une «grave défaillance».

Une passivité telle de la part du Congrès américain fait que l’espoir d’un changement ne peut qu’uniquement venir de la mobilisation de la société civile. Et ça, la jeunesse américaine l’a compris. Pourtant le droit au port d’armes reste particulièrement inhérent à la société américaine. Les États-Unis comptent aujourd’hui presque autant d’armes à feu que d’habitants, d’où la difficulté de mise en place d’une quelqueconque régulation.

28 morts à Sandy Hook en 2012, 33 morts à Virginia Tech en 2007, 15 morts à Columbine en 1999 : le même discours, la même éviction du débat politique pour laisser place uniquement à l’émotionnel et aux prières. Si, dans un premier temps, le deuil est nécessaire, ces jeunes se sont permis de rappeler que pour éviter la reproduction d’une telle tragédie, un changement est nécessaire. Aujourd’hui, ils décident, ensemble, d’incarner ce changement car Emma Gonzalez n’est finalement que la partie visible de l’iceberg, plein d’espoir et de courage qui gronde sous les pieds de cette jeunesse.

“Nous allons être les enfants dont on parle dans les manuels scolaires. Pas parce que nous serons une nouvelle statistique sur les fusillades en Amérique, mais parce que nous allons changer la loi.”

Rania 

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *