À l’heure où plusieurs centaines de milliers de futurs bacheliers doivent décider de leur avenir, certains doutent, se posent tout un tas de questions alors que les examens de fin d’année se terminent. Existe-t-il une question plus angoissante que « Que veux-tu faire plus tard ? ». On nous la pose depuis notre plus tendre enfance, on nous demande à 17 ans de faire un choix qui sera déterminant. Peu de place pour le doute dans tout ça, pourtant, tôt ou tard, il viendra à nous. Le moment de vous délivrer un message good vibes qui je l’espère, permettra à certain.e.s de reprendre un peu de force.

En 2013, j’ai été acceptée dans la fac que je voulais après mon bac, j’ai terminé ma licence sans jamais passer par les rattrapages, je savais quel type de master je souhaitais faire ; la vie était belle! Après une première année de master mitigée en raison des nombreux désaccords avec ma directrice de recherche, je termine mon mémoire, passe ma soutenance en juin 2016 et j’obtiens une note plus que satisfaisante. Pour la première fois de ma vie, je me retrouve aux rattrapages à cause de mon manque d’implication dans les cours que je devais suivre en parallèle de mon travail de recherches. Quand les résultats tombent en juillet, c’est le coup de massue : je redouble. Épuisée par une année éreintante, je dois faire face à mon premier échec. Un échec dont je suis responsable mais pas totalement. En effet, les dernières réformes concernant les masters ne permettent plus de compenser les semestres en eux. Si cela avait été le cas, j’aurais validé mon année.

L’objectif est désormais de digérer ce mémoire dans lequel j’y ai mis mes tripes puis de trouver une occupation pour le premier semestre -que j’ai validé-. Je trouve un premier job chez Sephora dans lequel j’occupe le poste de caissière pendant un mois. J’y apprends un tas de choses, j’y rencontre une poignée de belles personnes mais je me rends compte surtout d’une chose : ce n’est absolument pas ce que je veux faire. Après cela, je trouve un petit contrat d’animatrice au sein de deux maisons de quartier de ma ville. J’y suis quatre jours par semaine, je m’y sens à ma place et surtout : je m’épanouis pleinement ! Je suis heureuse de ce poste, je me sens responsable et investie d’une mission importante. J’aide, je me mets au service des familles et des enfants en difficulté et cela me permet de voir autre chose que le cadre universitaire dans lequel je m’étais durement impliquée pendant 4 ans. En parallèle, j’essaie de suivre les trois cours que je dois rattraper au deuxième semestre. Trois cours dont je connais déjà le contenu et dans lequel je ne prends aucun plaisir. Je perds pieds, je ne trouve pas l’énergie et la motivation nécessaire pour valider cette année. À la veille de mes 23 ans, je fais face à une crise existentielle. Je dois me rendre à l’évidence : je ne suis pas heureuse. Des questions que je ne m’étais jamais posées auparavant font surface. J’ai longtemps pensé que mon état n’était que passager, qu’il était dû à mon redoublement, à la météo ou au changement d’heure mais je me suis surtout rendue compte que j’arrivais à un tournant décisif dans ma vie. Je n’avais jamais été en proie au doute, je n’avais jamais autant remis en questions mes choix et mes compétences et seulement je prends aujourd’hui conscience qu’il est temps d’accepter.

Si l’échec est une chose dont nous avons tous peur, il ne doit pourtant pas être un frein. L’échec est parfois nécessaire et nous prépare à de plus grands événements à venir. L’échec peut être difficile à affronter, surtout lorsqu’on est étudiant. Pour certains, la pression familiale est parfois insupportable. Il y aura un réveil, tôt ou tard, mais autant qu’il soit le plus tôt possible. Autant se tromper à 20 ans, quitte à en décevoir quelques uns, plutôt qu’à 40 ans quand on se rendra compte que ce n’est pas le chemin vers lequel on se destinait. Il n’est jamais trop tard mais nous sommes davantage en mesure d’affronter les tempêtes à nos âges. Se poser des questions est une chose saine. Se dire qu’on « perd son temps » est en réalité faux, on ne perd jamais son temps, on apprend constamment. Peu importe le temps qu’il faut à chacun pour trouver sa voie, celle dans laquelle on se sent bien et dans laquelle on peut pleinement s’épanouir. Les solutions sont multiples. Alors prenons le temps de s’apprécier et de se faire confiance. Apprenons à ne plus accepter les nombreuses injustices qui règnent au sein de l’enseignement supérieur. Soyons convaincus de nos valeurs et de nos capacités. De trop nombreuses institutions -qui tiennent à leur renommée- ont berné de centaines d’étudiants et n’ont pas fait en sorte de mettre en lumière leur réelle valeur.

Le bonheur ne réside pas dans les grandes études et heureusement. Chacun se doit de se poser les bonnes questions, au bon moment, tant qu’elles sont posées. Les réponses viendront au moment venu. Mais par pitié, ne soyons plus apeurés par ce que demain réserve. Nous sommes maîtres de nos choix, assumons-les ! Nourrissons-nous de nos passions et atteignons les objectifs que nous nous sommes fixés. Se tromper, recommencer, ici ou ailleurs, faire autrement mais ne jamais contourner les problèmes auxquels nous devons faire face. Faisons passer avant tout notre bonheur et notre santé mentale. Trop longtemps j’ai pensé que je devais m’acharner et me tuer à la tâche. J’ai rapidement compris qu’on ne me ferait aucun cadeau là où j’étudiais. On m’a dégoûté, je n’ai pas reçu l’encadrement nécessaire et je me suis rendue compte que ce n’était pas ce qu’il me fallait.

Aujourd’hui, j’ai trouvé une alternative. Je n’abandonne pas parce que je sais que la voie que j’ai choisi à mes 18 ans est définitivement celle qui m’anime et qui me pousse à me lever chaque matin. Je me suis trompée d’institution et je recommence ailleurs. Ma place n’est pas là où je le pensais, ce n’est pas grave. Rien n’est grave. Je me sens tout de même chanceuse d’avoir un cadre familial compréhensif et qui me soutient coûte que coûte, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Cette remise en question m’a aidée, elle m’a fait grandir, elle me pousse aujourd’hui à aller plus loin. Je ne peux qu’encourager les autres à faire de même et de ne plus avoir peur.

Manon P. 

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