On connaît désormais l’influence et la puissance de l’industrie cosmétique sud-coréenne, mais qu’en est-il de la Corée du Nord ? Quelles sont les idéaux de beauté ? Et comment les femmes se maquillent-elles ? Rencontre avec une jeune nord-coréenne qui nous raconte sa routine beauté.

La Corée du Sud à la conquête des marchés mondiaux

Depuis quelques années, le marché français de la beauté est envahi par les produits sud-coréens. On a vu que de nombreuses enseignes se sont intéressées à la korean beauty : masques en tissus, crèmes à la bave d’escargot, sérums etc… cela ne fait aucun doute aujourd’hui, la beauté coréenne est partout ! L’enseigne Sephora commercialise d’ailleurs des marques coréennes comme Tony Moly, Erborian, Too Cool for School ou encore Skin Food. Les marques de luxe telles que Saint Laurent ou Guerlain se sont aussi largement inspirées des tendances sud-coréennes pour élargir leur gamme avec les célèbres cushion qui sont des produits phares en Corée du Sud. Cela ne fait aucun doute : la Corée du Sud s’invite à notre routine beauté ! Sur le net, des sites français se sont aussi spécialisés dans l’importation de produits sud-coréens, introuvables dans nos enseignes habituelles. Le site Koreaddictions propose une large gamme de cosmétiques sud-coréens à des prix abordables.

Tout semble pousser à la consommation lorsqu’il s’agit des produits coréens : packagings mignons, l’odeur fruitée des masques ou encore leur originalité. Si vous voyagez en Corée du Sud cela vous frappera, les magasins qui vendent des produits de beauté sont littéralement partout et leur mécanisme est bien rodé ! Une vendeuse est souvent postée dehors pour inciter les clientes à rentrer, le panier prêt à vous être donné et des slogans criards du genre 10 masques achetés, 10 masques offerts. L’industrie de la beauté en Corée du Sud est omniprésente et d’une puissance monstrueuse. Elle est telle que le pays est le troisième endroit où des actes de chirurgie esthétique sont le plus pratiqués. Dans le métro, il est courant de voir d’énormes affiches qui vantent les mérites de la chirurgie. Pire encore, on estime qu’à Séoul, 1 femme sur 4 a déjà eu recours à un acte chirurgical. Pour quelles raisons les sud-coréennes sont-elles obsédées par leur apparence ? On interrogeant plusieurs jeunes femmes, la beauté est un atout qui ouvrirait toutes les portes : la garantie d’avoir un petit ami ou encore un emploi.

En Occident aussi la chirurgie made in Korea attire. Le tourisme médical se développe à vue d’oeil. Des jeunes femmes n’hésitent pas à faire des vlogs sur YoutTube pour raconter leur expérience dans les célèbres cliniques de chirurgie de Gangnam.

On peut alors se demander comment les femmes en Corée du Nord perçoivent la beauté ? Ont-elles accès aux produits sud-coréens connus dans le monde entier ?

En septembre 2016, j’ai eu la chance de pouvoir partir un mois à Pyongyang et étudier à l’université centrale Kim Il-Sung. Lors de ce voyage, j’ai rencontré Seon-hwa, une jeune étudiante en économie.

Cosmétiques made in DPRK… ou pas !

En octobre dernier, le maréchal Kim Jong Un faisait la Une des médias internationaux non pas pour avoir lancer un énième missile en Mer de l’Est mais plutôt pour avoir visiter une usine de cosmétiques à Pyongyang.

On voit le dirigeant avec sa sœur et sa femme inspecter et tester les produits made in DPRK. Évidemment réservé à une certaine élite, les cosmétiques nord-coréens semblent pourtant se développer et toucher désormais les classes moyennes. En outre, le développement du marché noir favorise l’importation de produits chinois voir sud-coréens.

Lors de mon immersion, j’ai été plutôt frappée par le physique des nord-coréennes. Si toutes les étudiantes ne portent pas systématiquement du maquillage, il n’est pas rare de croiser des étudiantes apprêtées et maquillées.

Seon-hwa, une jeune étudiante de 20 ans avec qui j’ai partagé des moments mémorables a accepté de me parler de sa routine beauté. Originaire de Pyongyang, elle étudie l’économie à l’université Kim Il-Sung. Elle a commencé à se maquiller à l’âge de 18 ans. On lui avait offert un set de maquillage de la marque nord-coréenne bom-hyanggi (qui signifie parfum de printemps). Elle m’explique que sa mère ne se maquille pas, elle a donc appris seule petit à petit. Aujourd’hui, le gouvernement lui fournit certains produits de beauté. Curieuse de savoir comment se passe la routine d’une beauté d’une étudiante nord-coréenne de Pyongyang, elle m’a accordé une petite vingtaine de minutes pour m’expliquer les gestes qu’elle répétait chaque matin.

D’abord, elle lave son visage avec un savon spécial pour les peaux grasses. Ensuite, elle applique une lotion adoucissante et blanchissante de la marque chinoise New Life. Pour son maquillage, elle commence par appliquer son fond de teint avec une éponge. Son fond de teint est de la marque sud-coréenne Tony Moly. Lorsque je lui demande comme elle a pu s’en procurer elle me répond simplement « je connais quelqu’un…». Je n’insiste pas car je sais à ce moment que ce produit est entré via le marché noir. Après avoir appliqué son fond de teint sur l’ensemble de son visage, elle retire le surplus sur ses sourcils, ses lèvres et ses paupières avec un mouchoir en tissu humide. Elle continue en appliquant une fard à paupières marron pailleté, poursuit en mettant de la poudre à sourcils. À l’aide d’un pinceau feutre, elle trace un léger trait d’eye-liner et applique du mascara. L’ensemble des produits semblent être chinois et non nord-coréens. Pour ses lèvres, Seon-hwa utilise un baume coloré de chez Dior puis rajoute un gloss de la marque chinoise Alobon. Enfin, elle termine par appliquer une crème teintée cushion de la marque sud-coréenne Teoyang.

En vivant quotidiennement avec des étudiantes nord-coréennes de Kim Il-Sung, je ne peux que m’apercevoir de l’influence étrangère, notamment chinoise. L’économie souterraine a rendu possible de nombreux échanges de biens et on le remarque ici avec les divers produits français, sud-coréens ou chinois que Seon-hwa possède. Une nouvelle génération est en train de voir le jour en Corée du Nord, cela ne fait aucun doute. Il est aussi évident que l’influence sud-coréenne est présente, elle traverse une frontière qu’on juge pourtant hermétique. Depuis plusieurs années, la Corée du Nord évolue, elle se transforme, mes voyages ne font que confirmer cette idée et il ne fait aucun doute que les femmes, les standards, eux aussi, se réforment petit à petit…

Manon Prud’homme.

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