Nous sommes tous programmés. Que l’on veuille bien l’admettre ou non.

De par notre génome d’abord, puis notre éducation ou encore le sol ou nous foulons nos premiers pas. Notre univers se construit à base ou à force de codes, de messages, de préconisations, d’injonctions et de prohibitions, pour faire de chaque individu l’être solide et complet pour lui-même et dans le regard de ses ainés. Et puis, il est des histoires de transgressions, de libertés de penser, d’agir. D’aimer.

Des histoires de têtes dures et acharnées pour ne suivre qu’un seul écho : Celui de l’instinct et du cœur. Et pour donner vie à leur propre conviction.

Il ne s’agit pas là de dire que suivre les règles est égal à porter des œillères, et que ne pas les suivre est synonyme de perdition. Chaque être est finalement responsable de sa destinée. Toujours est-il intéressant de se pencher sur les parcours tortueux, parallèles, qui défient la logique, et pour certains, le sens même de notre présence sur terre.

Curieuse de l’extra-ordinaire, c’est ainsi que j’ai envisagé la lecture du livre “Le baiser du Ramadan” de Myriam Blal, qui relate son chemin, sa mission. Son parcours pour aimer celui qu’elle a choisi, en connaissance de maux, de causes et de conséquences.

Être né quelque part…

Myriam est née sur le sol français, dans une famille Tunisienne dont elle acquiert les traditions, la culture et la religion. Elle aura l’occasion de vivre en Tunisie de la CM2 au début de la 4ème, puis de regagner son Paris natal.

Avant d’aborder le cœur du sujet, Myriam revient de façon anecdotique mais à l’importance capitale, sur plusieurs épisodes de son enfance et de son adolescence. Autant d’éléments qui auront servi à façonner son caractère et sa personnalité. “Je suis musulmane et je suis d’autres choses à la fois (…) Mon identité s’est construite avec le temps. Elle est vivante, mouvante. Je ne peux rien enlever, tout est moi. Je suis toutes ces choses à la fois”. Attachée à ses valeurs et ses traditions, Myriam s’autorise aussi à s’interroger sur certains principes qui ne sonnent pas toujours très justes selon elle, guidée par son intelligence émotionnelle.

Au détour d’un évènement nantais, Myriam rencontre son élu. Ou celui qu’elle aura élu pour elle. Ou encore celui que Dieu, l’univers ou tout autre force à laquelle chacun croit, aura mis sur son chemin. Mais ce n’est pas simple, car Maxime est français, chrétien de surcroît et ceci est loin d’être évident pour la suite. Pourtant Myriam est sûre d’elle et choisit de dessiner son propre chemin. Elle énumère les évolutions dans cette relation originale, les doutes, les appréhensions. Et convaincue d’être sur la bonne voie, Myriam tente de s’en (r)assurer en consultant imams, savants, représentant de la communauté musulmane.

Sur son propre chemin vers le bonheur

Que connaît-on vraiment de sa religion lorsque l’on est croyant ? Suffit-il de naître Bouddhiste ou Chrétien pour pouvoir se proclamer comme tel ? Difficile de répondre. Quoi qu’il en soit, le chemin de la connaissance est riche d’enseignements, d’interrogations, de méditations métaphysiques et peut (doit ?) durer jusqu’à toute la vie. C’est souvent un évènement heureux ou moins heureux qui donne l’impulsion à la recherche de sens et de connaissance. Dans son “épreuve”, Myriam cherche des réponses auprès d’autres personnes. Après avoir googlisé le thème du mariage d’une musulmane à un non musulman, elle s’aperçoit qu’elle est loin d’être la seule à vivre cette situation. Myriam aura l’occasion d’aborder le sujet avec différents experts en Islam comme le sociologue français d’origine italienne et lui-même musulman, Omero Marongiu-Perria* . Extrait : “S’appuyant sur des textes, le sociologue Omero Marongiu-Perria affirme que les penseurs musulmans progressistes vont plus loin et disent que rien n’interdit à une femme musulmane de s’unir à un homme, quelle que soit la conviction personnelle de ce dernier “, ou encore l’historien Dominique Avon, spécialiste de l’histoire des religions.

L’ironie du sort, c’est que c’est dans cette forme d’adversité que Myriam développe davantage son savoir sur l’histoire de sa religion et confirme sa conviction personnelle.

Jusqu’à ce que la mort nous sépare

Autour d’elle, certains l’accompagneront dans son projet de mariage mixte à différents titres, d’autres s’opposeront. Alors parce qu’ils ont ce souci d’équilibre et de respect mutuel, les deux amoureux s’inspireront de couples similaires au leur pour organiser une cérémonie de mariage où les deux religions se donnent la main. C’est notamment grâce au groupe des foyers islamo-chrétiens (GFIC) que le couple apprend l’existence de délégués diocésains nommés et formés par l’Église catholique pour encourager le dialogue islamo-chrétien. L’Église catholique permet le mariage interreligieux “La dispense de disparité de culte est le document indispensable pour se marier à L’Église avec un catholique non baptisé (…) L’Église catholique n’impose pas le baptême ni la reconversion au catholicisme mais demande au baptisé d’être en accord avec les quatre piliers du mariage chrétien : liberté, indissolubilité des liens, fidélité réciproque, procréation”.

Reste ensuite à trouver un imam favorable à cette union. C’est en la personne de Miloud Miraoui, érudit en matière d’Islam et co-fondateur du GFIC que le couple trouvera son accompagnant musulman pour la cérémonie religieuse.

Myriam et Maxime continueront de rencontrer des couples mixtes pour recueillir leur témoignage et constater leur évolution après plusieurs années de mariages et plusieurs enfants, comme une quête inconsciente de recette ou de méthode qui fonctionne. Et de s’apercevoir en finalité qu’il y a plusieurs façons de vivre dans un couple mixte, et que la bonne façon est finalement celle personnelle à chaque couple.

En prime de son récit, Myriam Blal donne un éclairage sensible et raisonné sur cette question épineuse. Les informations pratiques contenues dans le livre ( adresses, contacts, exemple de livre de cérémonie ) sont bienvenues pour celles et ceux intéressés par le sujet. Le baiser du ramadan de Myriam Blal– édition Bayard 

*Omero Marongiu-Perria sera présent le 21 avril 2018 à Paris le à l’occasion de la journée d’étude et de dialogue : Repenser sa vie spirituelle avec l’islam – Quelles pratiques islamiques pour notre temps ?

Les initiateurs et organisateurs de cette manifestation :  Abdennour Bidar, Eva Janadin, Anne-Sophie Monsinay (administratrices du groupe Facebook « Repenser l’islam avec Abdennour Bidar »)

Informations sur le site d’abdennour Bidar : <a” href=”http://abdennourbidar.fr/”>http://abdennourbidar.fr/

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *